Les tout premiers colons de la Martinique étaient juif

 La créolité et les Juifs de la Martinique

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Esclavage : La Caze de Jacob Gabaye dit Samuel 32 ans, Rachel sa femme 31 ans, Rachel sa mère 71 ans, Jacob 4 ans, Ester 9 ans, Sara 8 ans, Ricque 6 ans, Bienvenu 2 ans, Judie 6 mois.

Possession : 1 nègre de 41 ans, 3 négresses de 21 à 60 ans et 1 négrillonne de 8 ans !

 L’on ignore trop souvent que des Juifs figurent parmi les tout premiers colons de la Martinique. Moins de trente ans, en effet, après que Belain d’Esnambuc eut pris possession de l’île au nom de la France, quelques Juifs hollandais fuyant le Brésil, à partir de Recife, principalement, après sa conquête par les Portugais en 1654, trouvèrent refuge dans la partie nord-est de la Martinique qui porte encore le nom de Petit-Brésil3. Bien qu’on leur doive l’introduction des techniques permettant la cristallisation et le raffinage du sucre – avec la construction des canaux d’irrigation et des moulins à eau et à vent, ces « anciens marranes4 » furent l’objet des persécutions officielles. En 1659, sous la pression des jésuites, le droit de commerce leur fut dénié ; en 1685, Louis XIV ordonna leur expulsion de l’île. Leur nombre ne dépassait pas quatre-vingts. Quelques-uns s’enfuirent vers la Barbade, d’autres devinrent conversos, c’est-à-dire chrétiens sous la contrainte.

  Après cela, les Juifs restés à la Martinique s’épanouirent sur le plan économique, l’interdiction de commerce avait été modifiée ; les Juifs qui refusaient de pratiquer le commercedurant le shabbat étaient soumis à une amende. On pouvait mesurer leur richesse au nombre d’esclaves en leur possession : cent exactement. Ils étaient relativement libres de pratiquer leur religion :

Les Juifs qui sont établis ici emploient les samedis à faire leurs cérémonies, obligeant leurs nègres et engagés d’observer leur Sabbat et de travailler le dimanche et se montrent en public durant le deuil de l’Eglise qui dure depuis le Jeudi Saint jusqu’au dimanche de Pâques, contrairement à ce qui s’observe dans tous les milieux de l’Europe où on les tolère.

(Lettre du Gouverneur de Baas, le 1er août 1669).

 Cependant, encore une fois, dans les Caraïbes françaises comme en Europe, les Juifs eurent à subir le ressentiment de ceux qui voyaient dans leurs prouesses économiques une menace sur le commerce :

Je crois qu’il est nécessaire que le Roi envoie un règlement à l’égard des Juifs, ils ont des terres, des maisons en propre, ils ont des esclaves chrétiens, et quantité de commis chrétiens, ils font quasi tout le commerce, et se multiplient beaucoup, de sorte que le commerce est presque tout tenu par ces gens‑là.

(Lettre au roi, 19 novembre 1680)5

 En tête de ces premiers Juifs martiniquais figurent Jacob Gabaye, un résident de Saint-Pierre, la première capitale de la Martinique, sur la propriété duquel se trouvaient une synagogue rudimentaire et un cimetière juif ; Jacob Louis, de Rivière-Salée ; Abraham Bueno, du Marigot ; Isaac Le Tob, du Carbet ; et surtout Benjamin Da Costa, pionnier de la culture du cacao, de la canne à sucre et de l’extraction de l’indigo. Le chocolat et les confitures de fruits de Da Costa, préparés selon les recettes qu’il avait apprises des indigènes, les Indiens Caraïbes exterminés par la suite, étaient vendus à Amsterdam, Bordeaux et Bayonne. En introduisant le processus de raffinage du sucre à la Martinique, Da Costa allait changer le visage de l’île.

 Or, ces Juifs n’étaient pas enfermés dans un ghetto ; la conscience des jésuites de l’île était à la torture :

Ils se mêlent impunément parmi les chrétiens, boivent et mangent avec eux et sous prétexte de trafic et de commerce abusent des personnes simples et corrompent l’innocence des femmes et des filles chrétiennes… Les enfants jouent indifféremment avec les enfants chrétiens.

(Lettre du 13 février 1683)6.

13L’article 1 du fameux édit de mars 1685, le document qui par ailleurs régularise la pratique de l’esclavage dans l’empire français, rend officiel l’ordre d’expulsion des Juifs promulgué par Louis XIV : « Enjoignons à tous nos officiers de chasser hors de nos Isles tous les Juifs qui y ont établi leur résidence auxquels comme aux ennemis du nom chrétiens nous commandons d’en sortir… »

  Sur place, l’application des lois antijuives laissait plutôt à désirer : en 1695, la chancellerie française fit remontrance au gouverneur de la Martinique, le comte de Blénac pour avoir permis à six familles juives de rester sur l’île en lui rappelant « qu’il ne soit permis à aucun marchand, ou autre faisant profession de la religion juive de s’établir dans les îles et colonies françaises de l’Amérique…7 ». Il faut croire que le comte de Blénac s’empressa d’obéir à ce rappel à l’ordre et fit appliquer l’ordonnance antisémite de Sa Majesté.

  Dès 1727 cependant, les Juifs réapparurent à la Martinique. Parmi eux se trouve, en1728, Abraham, âgé de vingt-deux ans, fils d’Antoine issu de l’éminente famille Gradis originaire de Bordeaux. Abraham travaillait en étroite collaboration avec son frère David en tant que représentant de la compagnie chargée d’approvisionner la Marine (surtout en rhum) et qui portera plus tard le nom des Gradis. Abraham, célibataire sans enfants, mourut à l’âge de trente-deux ans laissant un testament notarié par lequel il léguait ses biens à ses deux sœurs, célibataires elles aussi, Judith et Rebecca. Les autorités françaises annulèrent le testament ; le trésor royal s’appropria l’héritage sous prétexte qu’un Juif n’avait aucun statut légal sur l’île8.

  La famille Gradis prospéra néanmoins en même temps que l’industrie sucrière. Leur plantation se trouvait à Basse-Pointe, sur la côte nord, tandis que la plantation de la famille Depaz, Lopes Depaz fit ses débuts comme courtier chez les Gradis, était établie près de Saint-Pierre9. En 1764, apparemment dans le but de régulariser son statut, « la communauté des marchands de la nation hébraïque demeurant tout en cette isle » supplia le roi d’autoriser leur résidence, la construction de leurs usines sucrières et la manufacture de leurs produits. Tacite ou officielle, l’autorisation royale fut semble-t-il accordée. Comme sucre des îles dans le café créole, les familles juives de l’Ancien Régime se fondirent graduellement dans la société antillaise. Certains, comme les Depaz, en s’assimilant, s’intégrèrent dans le cercle des « békés »10 comme est désignée l’aristocratie catholique blanche de l’île. D’autres, comme les Bueno (devenus Lebon) et les Lévy11, semblent avoir transmis leur nom à quelques noirs et métisses à qui les origines sémitiques de leurs ancêtres (probablement propriétaires d’esclaves) échappent complètement. Après l’éruption de la Montagne Pelée qui annihila Saint-Pierre en 1902, peu de traces subsistent de l’ancienne présence juive à la Martinique à l’exception unique des distilleries de la famille Meyer12. Il revint au régime collaborateur de Vichy de ranimer le spectre de l’antisémitisme sur une île comptant si peu de Juifs en son sein.

3  Certains de ces réfugiés en provenance de Recife se sont retrouvés à la Nouvelle-Amsterdam, devenant les premiers Juifs de la ville qui s’appellera plus tard New York.

4  L’expression est de Roth (1932), p. 229. Pour certains, le terme marranos est péjoratif. Le lecteur peut lui substituer celui de conversos.

5  Réponse du 19 novembre au décret royal, citée par Zvi Loker. Jews in the Caribbean. Evidence on the history of the Jews in Caribbean zone in colonial times. Misgav Yerushalayim : Institute for research on the Sephardi and Oriental Jewish heritage, 1991. p. 199.

6  Cité par J. Petitjean-Roget, « Les Juifs à la Martinique sous l’Ancien Régime », Revue d’histoire des colonies, 1957, p. 150.

7  Locker, op. cit, p. 203.

8  Judith et Rebecca vivaient elles-mêmes en France. L’affaire fut encore compliquée par le fait que l’un des beaux-frères d’Abraham, Cousteault, avocat au Parlement, se réclama de l’héritage sur la base de sa « différence de religion ». En effet, l’une des soeurs avait épousé Cousteault après s’être convertie au christianisme.

9  Une étoile de David orne encore l’entrée de l’habitation principale. Les origines de la famille Depaz remontent à la ville de Livourne, en Italie.

10  Jean François Depaz avait été formellement baptisé neuf ans avant son arrivée en 1770 (cf. Bruneau-Latouche et Cordiez 2002), mais comme la plupart des conversos, sa famille avait préservé certains éléments des coutumes et de la symbolique juives. Une autre famille de békésnotoires, les (Wielle) de Reynal aurait aussi des origines juives.

11  Après plusieurs rencontres et entretiens téléphoniques avec les deux douzaines de familles inscrites dans l’annuaire sous le nom Lévy, Levi ou Lévi, il appert qu’elles n’ont guère conscience des origines juives de leur patronyme.

12  Les Meyer sont arrivés à la Martinique en provenance du Danemark. Même au plus chaud de l’affaire Dreyfus, une étoile de David ornait les étiquettes sur lesquelles ils vantaient la haute qualité de leur rhum (entretien personnel avec Léo Elizabeth).

Lien: http://plc.revues.org/823?lang=en#tocfrom1n3

Lien utile:

Chrétiens blancs esclavagistes ? Le Rôle Choquant des Juifs dans l’Esclavage

 

2 Réponses à “Les tout premiers colons de la Martinique étaient juif”

  1. Ursulet dit :

    Excellent travaille de recherche. Merci a vous. :-)

  2. olivier dit :

    Je trouve l’article intéressant et documenté. Il démontre que les juifs et les chrétiens faisaient la traite des noirs, c’est terrifiant. Triste période et peu glorieuse pour cette société.
    On remarque aussi que le gouvernement français à eu une politique hostile à l’égard des juifs.
    Le titre et l’illustration ne sont pas en adéquation avec l’article. Trop caricatural.

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